Quentin Praz et Spyridon Schoinas, créateurs de Laxiped

Née d’une chute en skateboard et d’une conversation avec un chirurgien orthopédiste, LaxiPed est aujourd’hui une solution innovante qui mesure les paramètres biomécaniques du pied de façon fiable, précise et entièrement automatisée.

Porté par Quentin Praz et Spyridon Schoinas, tous deux issus de la HES-SO Genève, ce projet alumni de Pulse Incubateur HES cumule deux financements Innosuisse, plusieurs publications internationales, le Prix Alumni HES-SO 2025, reçu par Quentin, et une présence au Salon International des Inventions de Genève.

Ce mois-ci, Quentin nous parle de leur parcours… et de propriété intellectuelle.

Le projet LaxiPed est né d’une chute en skateboard et d’une discussion avec un chirurgien orthopédiste. Pouvez-vous nous présenter votre parcours et nous raconter comment cette conversation inattendue a donné lieu à un véritable projet de start-up ?

Alors que je cherchais un sujet pour mon travail de bachelor en microtechnique à HEPIA, en deuxième année, une chute en skateboard m’a amené à rencontrer un chirurgien orthopédiste à Genève. Lors de cette consultation, il m’a parlé d’un besoin qu’il rencontrait au quotidien : aujourd’hui encore, beaucoup de pathologies du pied sont évaluées de manière très manuelle, avec des examens qui restent peu standardisés et dépendants du praticien.

Cette discussion m’a tout de suite intéressé, car il y avait un vrai besoin clinique auquel on pouvait essayer de répondre avec une approche technologique. Nous avons donc commencé à réfléchir à une solution permettant de mesurer de manière plus objective certains paramètres biomécaniques du pied afin d’aider au diagnostic et à la planification chirurgicale.

Au départ, c’était simplement un projet académique. Puis, au fil des années, le projet a pris de l’ampleur avec des collaborations cliniques, des études de validation et des financements de recherche, jusqu’à devenir aujourd’hui un projet start-up.


À quel moment la question de la propriété intellectuelle s’est-elle imposée dans votre parcours ? Était-ce une préoccupation dès le départ ou est-elle apparue plus tard ?
La question de la propriété intellectuelle est arrivée assez rapidement, dès le moment où nous avons développé un premier prototype fonctionnel. C’est aussi à ce moment-là que nous avons découvert le processus de valorisation via UNITEC qui est le bureau de transfert de technologie et qui gère également les projets d’HEPIA.

Au début, ce n’était pas forcément quelque chose que je connaissais bien. En tant qu’étudiant, on pense surtout à faire fonctionner la technologie et à avancer scientifiquement. Puis on réalise progressivement que si la solution a un potentiel clinique et commercial, il faut aussi réfléchir à la manière de la protéger.

Dans le domaine de la medtech, vous naviguez entre deux logiques parfois opposées : publier des articles scientifiques pour valider et crédibiliser votre innovation, et protéger vos droits pour assurer votre avenir commercial. Comment gérez-vous cette tension ?
Cette tension est bien réelle dans la medtech. D’un côté, il faut publier des articles scientifiques pour démontrer l’intérêt clinique et crédibiliser la technologie. De l’autre, si l’on souhaite un jour commercialiser la solution, il est important de protéger les éléments innovants avec des brevets.

Dans notre cas, la stratégie a été de déposer les brevets avant de publier les résultats les plus sensibles. Cela nous a permis ensuite de continuer les publications scientifiques tout en gardant une protection sur la technologie développée.

C’est finalement un équilibre à trouver entre la diffusion scientifique et la valorisation de l’innovation.

Quels mécanismes de protection envisagez-vous ou avez déjà mis en place ?
Nous avons déposé deux brevets dans le cadre du projet. Le premier a été déposé avant notre premier projet Innosuisse, puis un second avant notre deuxième projet Innosuisse.

Mais au-delà des brevets, il y a aussi d’autres formes de protection. Une partie importante réside dans le savoir-faire développé par l’équipe, les connaissances accumulées au fil des années, ainsi que dans les collaborations cliniques et scientifiques que nous avons construites.

Dans un projet medtech, la valeur ne repose pas uniquement sur un brevet, mais aussi sur toute l’expertise et l’écosystème qui se développent autour du projet.

Travailler avec de multiples partenaires (hôpitaux, universités, laboratoires) complexifie-t-il les questions de propriété intellectuelle ? Comment vous organisez-vous pour que chaque acteur sache ce qui lui appartient ?
Oui, cela complexifie forcément un peu les choses. À HEPIA, à l’UNIGE ou aux HUG, lorsqu’une invention est développée dans le cadre académique par un étudiant ou un collaborateur, la propriété intellectuelle appartient généralement à l’institution.

En revanche, les inventeurs restent mentionnés individuellement et peuvent percevoir des royalties en cas d’exploitation commerciale du brevet. Dans notre cas, nous avons rapidement initié des discussions avec UNITEC.

Dans le cas où les inventeurs souhaitent créer une start-up, UNITEC propose généralement un contrat de licence exclusive afin de permettre à la future société d’exploiter la technologie. Ce type d’accord définit aussi les conditions d’exploitation ainsi que des compensations pour l’institution et les inventeurs. 

Le plus important est surtout d’avoir des discussions transparentes assez tôt dans le projet afin que chacun comprenne clairement son rôle, sa contribution et la manière dont seront gérés les droits liés à l’innovation.

Qu’auriez-vous aimé savoir sur la propriété intellectuelle lorsque vous avez commencé ? Quel conseil donneriez-vous à un·e entrepreneur·e qui commence ?
J’aurais aimé comprendre plus tôt qu’un brevet, à lui seul, ne suffit pas. Sans stratégie de valorisation derrière, il peut rapidement devenir un coût important, surtout lors de l’entrée en phases nationales où les frais peuvent atteindre plusieurs dizaines de milliers de francs.

Dans notre cas, le premier brevet a probablement été déposé un peu trop tôt, alors que la start-up n’était pas encore créée. Heureusement, nous avons pu trouver un accord avec notre partenaire clinique pour assurer une continuité en attendant la création de la société.

Le conseil que je donnerais serait donc de réfléchir très tôt à la stratégie de protection et commercialisation : est-ce qu’on veut créer une start-up, licencier la technologie, quels marchés viser, dans quels pays protéger la technologie, etc.

Le brevet est un outil important, mais il doit surtout s’intégrer dans une vision globale du projet et de sa valorisation future.

En résumé

  • Un brevet seul ne suffit pas : sans stratégie de valorisation, il peut rapidement devenir un coût important.
  • Dans la medtech, publier et protéger ne s’opposent pas, c’est une question de timing et de stratégie.
  • La transparence avec ses partenaires dès le début du projet est essentielle pour éviter les complications liées aux droits de propriété intellectuelle.