Lors de la dernière Graduation Night, les lauréat·e·s ont reçu une version toute nouvelle du trophée iconique de Pulse : la célèbre fusée, créée au démarrage de l’incubateur par Antoine Benoit, le fondateur d’Angara Technology. Elle est désormais fabriquée et imprimée en 3D par Nicolas Richard, étudiant en génie mécanique à la Haute École du paysage, d’ingénierie et d’architecture (HEPIA), fondateur de NiroMaker, qui développe le projet Niro-One et lauréat du prix Coup de Pulse en avril 2026.
Son projet résout un problème concret et souvent ignoré de l’impression 3D : à la fin de chaque impression, il faut intervenir manuellement pour décoller la pièce du plateau. Nicolas développe la première imprimante capable d’automatiser cette étape, une innovation simple en apparence, mais qui change fondamentalement l’expérience des utilisateur·rice·s.
Nous avons voulu lui donner la parole pour qu’il nous raconte comment il vit le processus de prototypage au quotidien, tant dans le développement de son projet que dans sa relation avec ses futur·e·s client·e·s.

Tu utilises l’impression 3D pour aider d’autres entrepreneurs à prototyper leurs idées, mais toi-même, tu es en train de prototyper ta propre machine industrielle. Comment ça change ta façon de voir le prototype quand c’est ton propre produit ?
J’accompagne les entreprises dans le processus de réflexion de leurs produits. L’avantage de l’impression 3D, c’est que presque tout est possible et qu’on peut obtenir rapidement et efficacement une solution, qui sera ensuite optimisée pour un processus industriel. Travailler sur mes propres prototypes, c’est comme avoir une double casquette : d’un côté l’entrepreneur qui cherche à optimiser son besoin, et de l’autre l’ingénieur qui voit toutes les optimisations envisageables et réalisables. J’ai donc automatiquement une vision critique.
Ce principe permet de réaliser très rapidement des POCs (proof of concept), de tester, d’itérer et de vendre.
La Niro-One embarque des innovations que tu as développées toi-même. Comment ces fonctionnalités ont-elles émergé, d’un besoin client, d’une intuition technique, ou d’un prototype raté ?
C’est l’avantage d’avoir mis un pied dans l’industrie, précisément dans le domaine de l’impression 3D, et d’avoir pu tester un très grand nombre de solutions.
Les fonctionnalités techniques sont venues d’une passion pour la fabrication de machines. Lors de présentations de prototypes à des experts, certaines innovations se sont révélées capables de simplifier leur utilisation. Ce sont justement ces prototypes qui m’ont ouvert les yeux sur les besoins réels des clients.
Comment t’est venue l’idée de créer cette première imprimante 3D capable de libérer la pièce automatiquement ? Y a-t-il eu un moment précis où tu as réalisé que le problème du « démoulage » méritait une solution technologique spécifique ?
La solution m’avait traversé la tête en milieu industriel, lorsque les machines étaient à l’arrêt la nuit et le week-end, et que le lundi matin il fallait relancer toutes les productions.
Ensuite, une, deux, puis trois personnes issues de milieux industriels différents m’ont parlé exactement du même problème, par hasard. C’est à ce moment-là que je me suis dit qu’il fallait intégrer ce type de système dans mes machines.
Avec la fiabilité des imprimantes 3D actuelles, une telle solution devait exister.
À quel moment, dans un projet, conseilles-tu à un entrepreneur de passer au prototype physique plutôt que de rester sur des maquettes numériques ?
Dès que des doutes apparaissent sur une modélisation 3D ou sur un mécanisme, il faut les lever le plus vite possible en lançant des itérations, avec la plus faible quantité de matière possible, idéalement recyclée ou biosourcée.
Il est souvent plus efficace de trouver de nouvelles idées avec un prototype en main que devant un ordinateur. En ingénierie, les phases de réflexion et de prototypage se font toujours en parallèle, une fois que la conception est déjà suffisamment avancée.
Tu es jeune fondateur, basé à Genève, étudiant à l’HEPIA, dans un secteur très technique. Est-ce que le fait de pouvoir tout prototyper toi-même a changé ta vitesse de décision entrepreneuriale ?
N’étant pour le moment pas une grande équipe, il faut trouver des solutions pour être le plus efficace possible avec un temps limité.
Le fait de ne dépendre de personne accélère énormément les décisions et les actions : tester rapidement un marché, créer des itérations, et se rapprocher au maximum d’un besoin réel et d’un marché porteur.
En résumé
Nicolas prototype sa propre machine tout en aidant d’autres entrepreneur·e·s à faire de même, une double casquette qui lui donne une vision à la fois critique et pragmatique du processus.



