Grace Montse, fondatrice de l’enseigne digitale de pâtisserie Gracefully Cake

Nous allons direction le quartier des Grottes, où Grace Montse a posé les bases de Gracefully Cake, sa pâtisserie fine et écoresponsable. Diplômée de l’École Hôtelière de Genève, Grace a ensuite rejoint la HEG pour compléter sa formation avec un Bachelor en économie d’entreprise, un choix qui allait s’avérer décisif pour donner corps à son projet.

Membre de la team 5, accompagnée par Pulse, Grace a transformé une passion née dans sa propre cuisine en une activité aux multiples facettes : vente en ligne, boutique aux Grottes, ateliers gourmands, brunch boxes et collaborations B2B.

Elle nous raconte comment son business plan a pris forme, évolué, et continue de la guider au quotidien.

Après avoir suivi une formation à l’École hôtelière de Genève, tu as choisi de poursuivre tes études à la HEG. Qu’est-ce qui t’a poussée à faire ce choix, et comment cette double formation a-t-elle influencé ta vision de ton projet ?

En toute honnêteté, à la sortie de l’École Hôtelière de Genève, j’avais envie d’explorer autre chose et de ne pas rester limitée uniquement au domaine de l’hôtellerie-restauration. À l’EHG, j’avais acquis une vision très opérationnelle des métiers : être sur le terrain, comprendre le service, la qualité, les attentes clients. Mais à ce moment-là, mon projet n’existait pas encore réellement. J’avais beaucoup d’idées, très hybrides, sans forcément les concrétiser.

Gracefully Cake a commencé à prendre forme pendant mon dernier stage à l’EHG, mais j’étais déjà inscrite à la HEG. Pendant ma première année, je développais Gracefully Cake comme un simple “side project” étudiant. Très honnêtement, je pensais que cela s’arrêterait une fois mon diplôme obtenu.

La HEG m’a apporté quelque chose de très complémentaire : une vision plus entrepreneuriale et stratégique. J’ai appris à structurer une idée, réfléchir à un modèle économique, comprendre les enjeux marketing, financiers et digitaux. C’est aussi à cette période qu’un professeur m’a suggéré de faire de Gracefully Cake mon sujet de travail de bachelor, ce qui a été un vrai déclic.

Si je devais résumer : l’EHG m’a appris comment bien faire les choses, la HEG m’a appris comment construire quelque chose qui puisse durer.


À quel moment as-tu eu l’idée de lancer ta propre pâtisserie, et par quoi as-tu commencé ?

L’idée est vraiment née après le Covid, avec le boom des commandes en ligne et de la livraison à domicile. Je trouvais qu’il manquait une plateforme simple qui permette de commander un gâteau d’anniversaire ou une pâtisserie artisanale facilement, sans contraintes d’horaires ou de disponibilité.

J’ai commencé très petit, en testant le marché depuis chez moi, avec une approche assez pragmatique : voir si les gens étaient prêts à commander, comprendre les attentes, ajuster l’offre au fur et à mesure. Je n’avais pas un business parfaitement défini dès le départ, mais plutôt une envie forte de tester une intuition et d’apprendre en avançant.

Mon conseil serait de ne pas attendre que tout soit “parfait” avant de commencer. Tester petit permet souvent d’apprendre plus vite que des mois passés à théoriser.

Tu fais partie des premières alumni de Pulse Incubateur HES, dans la Team 5. En quoi cet accompagnement t’a-t-il aidée à challenger ou à affiner ton business plan ?

Entreprendre peut être très solitaire, donc avoir une communauté autour du projet fait une énorme différence. Pulse m’a permis de challenger mes idées, mais surtout de ne pas être seule dans le processus.

L’incubateur nous donnait accès à des locaux, à un réseau et à un vrai accompagnement. Caroline, notamment, nous a beaucoup fait bénéficier de son carnet d’adresses et de connexions précieuses. La communauté HES est aussi très solidaire : on échange beaucoup, on s’entraide, on partage des retours d’expérience.

Je pense qu’un incubateur ne donne pas “la réponse”, mais il aide à poser les bonnes questions et à confronter son idée à la réalité.

Le projet a commencé avec un site de vente en ligne, et tu as aujourd’hui aussi un espace physique dans le quartier des Grottes. S’agissait-il d’une étape planifiée ou d’une opportunité saisie au bon moment ?

À la base, Gracefully Cake a vraiment été pensé comme un projet digital, et cela reste encore aujourd’hui le cœur du modèle, notamment pour le B2C via l’e-shop.

La boutique physique n’était pas forcément prévue au départ. C’est davantage une opportunité qui s’est présentée au bon moment, mais qui a aussi permis de développer des activités que je n’avais pas anticipées : les ateliers, les collaborations avec les entreprises, les événements privés, ou encore le côté plus expérientiel de la marque.

Avec le recul, je dirais qu’il faut avoir une vision, mais rester suffisamment flexible pour saisir les opportunités quand elles font sens.

Ton business model s’est-il construit chemin faisant ou tout était très clair dès le départ ?

Il s’est clairement construit en chemin. Je pense qu’au début, on imagine souvent un modèle, mais la réalité du terrain nous oblige à l’ajuster.

Par exemple, mon idée initiale était de ne jamais avoir de lieu physique. Pourtant, au fil des opportunités et des besoins du projet, cela est devenu une étape presque nécessaire pour pouvoir développer certains axes de croissance.

Mon conseil serait de construire une vision, mais d’accepter qu’elle évolue. Changer de stratégie n’est pas un échec, c’est souvent une adaptation intelligente à la réalité du marché.

L’écoresponsabilité était une conviction fondatrice de Gracefully Cake, tu as même été récompensée par Raiffeisen pour cela. Est-ce quelque chose qui continue à faire partie de ta stratégie ou as-tu dû renoncer à certains aspects face au marché ?

L’écoresponsabilité reste une conviction forte du projet, même si avec le temps j’ai appris à être plus pragmatique. Au début, j’avais probablement une vision très idéaliste. La réalité économique nous pousse parfois à faire des arbitrages.

Cela dit, beaucoup d’éléments restent au cœur de Gracefully Cake : la saisonnalité, le fait de produire sur commande pour éviter le gaspillage, l’utilisation de mobilier de seconde main dans la boutique, ou encore une logique de circularité dans certains choix.

Je pense qu’il faut parfois accepter qu’on ne peut pas être parfait partout, mais chaque petit effort cohérent compte.

Avec le recul, quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui est en train de rédiger son tout premier business plan ?

Je lui dirais d’avoir une vision à court, moyen et long terme, tout en restant réaliste sur les chiffres et les étapes.

Mais surtout, de ne pas oublier pourquoi il ou elle a commencé. Un business plan doit être crédible, oui, mais c’est aussi le rêve derrière le projet qui donne l’énergie de continuer quand les choses deviennent compliquées.

Et surtout : ne pas rester bloqué trop longtemps dans la théorie. À un moment donné, il faut tester, confronter son idée au terrain et accepter que le projet évoluera forcément

En résumé

  • L’École Hôtelière a été un terrain propice au développement professionnel, la HEG a permis de construire une stratégie solide et c’est elle qui a transformé un simple side project en véritable business.
  • De l’idée 100% digitale à une arcade physique : Grace a appris à ajuster sa vision plutôt qu’à s’y accrocher.
  • L’écoresponsabilité reste au cœur du projet, même si la réalité du marché impose parfois des arbitrages.