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Le Grand Article par Quentin Mathieu

Selon Peter Drucker, « La meilleure façon de prédire l’avenir c’est de le créer ». Entrepreneur dans l’âme, cette citation m’accompagne depuis de nombreuses années. Elle prend un sens encore plus important maintenant que j’ai la responsabilité d’un pôle d’innovation sociale à Plan-les-Ouates. En effet, toujours selon M. Drucker, « l’innovation sociale est plus importante que l’innovation technologique et les organisations sans but lucratif [pour être plus large, je dirais les entreprises sociales et solidaires] sont les laboratoires de recherche de la société de demain. »

Vraiment ?

S’il est, à ce jour, relativement facile d’identifier les champs d’innovations technologiques (intelligence artificielle, big data, numérique immersif, robotisation,…), nous ne pouvons pas nous en remettre uniquement à ceci pour faire face aux défis actuels et futurs. Selon moi, la technologie est plus une suite d’outils qui devrait être au service de l’amélioration du bien-être commun qu’une palette de solutions universelles face aux défis sociétaux qui nous font face. Par exemple, certains réseaux sociaux numériques censés mettre en lien participent plus à creuser des fossés qu’à réunir.

Qu’en est-il des innovations sociales ? Quelles conditions mettre en place pour identifier les problématiques pertinentes, en faire émerger les idées novatrices et créer les objets sociaux innovants de demain ?

Les champs d’innovation sociale relèvent de l’humain, de la lutte contre l’exclusion, la précarité, ou la pauvreté. Ils adressent également les enjeux environnementaux, les enjeux d’employabilité, de handicap ou encore de déconnection entre les gens. La quête ultime étant d’assurer l’autonomie, le bien-être matériel, physiologique et psychologique et l’indépendance de chacun en tout temps et en tout lieu de manière équitable et équilibrée…ceci dans un environnement aux ressources limitées.

Dans cette quête, le niveau de complexité et d’interaction est tel que nous devons apprendre à puiser dans la richesse des diversités : de points de vues, d’expertises, d’expériences, d’envies,… pour imaginer et mettre en place ensemble les solutions d’avenir. Comment faire dialoguer efficacement ces diversités ? Comment les mettre en lien et faciliter le réfléchir et faire ensemble ?

Au sein de la zone industrielle de Plan-les-Ouates, dans deux bâtiments au lieu-dit : espace Tourbillon, sont réunies neuf organisations dont les missions ont un fort ancrage social. Elles font ensemble le pari de se regrouper et coopérer sur des thématiques communes afin d’esquisser, tester et concrétiser des solutions concertées pour une société inclusive, solidaire et responsable. Un autre bâtiment se dédie à la valorisation de la formation professionnelle ; à l’initiative de la fondation ForPro, ce bâtiment fait le pari d’une filière d’apprentissage désirée et désirable pour que chaque personne puisse identifier ses potentiels, renforcer ses compétences et modeler son futur professionnel. Ces trois bâtiments sont entourés d’entreprises privées et publiques. Tout ceci constitue un vaste réseau d’initiatives, de personnes, d’organismes qui s’auto-organisent autour de ces questions d’avenir.

Dans cet écosystème Tourbillon, la mixité est au cœur. Pas seulement comme moteur de créativité et d’innovation. Mais également comme révélateur des enjeux sociétaux. En effet, la mixité n’est pas anodine, elle renforce une société qui ne génère pas d’exclusion et vit la diversité. Elle impose, à tous·tes, de faire une part d’effort et donc un pas vers l’autre ; de regarder l’autre comme un être à part entière et non pas comme le miroir de ses préjugés. Elle concourt à ce que chacun·e trouve une place et puisse laisser un espace légitime à l’autre ; que chaque individu soit un être humain avant d’être étiqueté et éventuellement stigmatisé. Enfin, elle donne la possibilité à chacun·e d’être une partie de la solution plutôt que du problème.

Observateur privilégié des activités riches et variées de cet écosystème, je vérifie l’importance et la force des « petites » victoires. Autant de petits pas qui, additionnés, amènent des changements fondamentaux et positifs. Je vérifie chaque jour l’importance de l’empathie, la nécessité de ne pas penser à la place de l’autre mais avec l’autre. Je vérifie à quel point les mécanismes sont les mêmes que ceux prônés dans les écoles de management (marketing et innovation au sens traditionnel) mais mis en œuvre avant tout pour le bien collectif et non pas pour du clientélisme. Je suis persuadé, au final, que les outils soient technologiques, philosophiques, managériaux ou structurels, qu’il n’y a pas d’orientation intrinsèque, mais que c’est la façon dont ils sont utilisés qui détermine les résultats.

Je constate que ces organismes sociaux et solidaires (également ceux qui ne sont pas hébergées à Tourbillon) sont, par nécessité, dans une démarche d’innovation permanente pour faire face aux crises à répétitions qui jalonnent notre quotidien. Il y a donc de nombreux axes d’innovations envisageables. Pour aller encore plus loin, en puisant dans la force de la mixité, il doit être possible de construire des démarches collectives d’innovation pour augmenter l’impact global.

Concevoir ensemble des solutions novatrices face aux enjeux sociaux et faire face à la tendance au repli et à l’exclusion est le défi que l’espace Tourbillon et le pôle innovation entendent relever.

Quentin Mathieu Directeur du pôle innovation à l’espace Tourbillon à Plan-les-Ouates Fondation immobilière pour le développement des entreprises sociales (FIDES)

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